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Albert Londres

Maire de Marseille : rien de moins, et rien de plus

 

Mon cher édile : à quoi sers-tu ? Tu veux t’assoir (ou te rassoir, selon) dans le fauteuil de Gaston-l’illustre. Sera-ce là ta victoire ? Quel pouvoir as-tu encore ? Ta mairie gère un budget d’un milliard d’euros et près de 12 000 salariés, certes. Tu disputes à l’État et à l’hôpital le titre de premier employeur de Marseille. Mais quelle liberté as-tu dans tes principales compétences ?

L’école ? Ta marge de manœuvre est très encadrée par l’Éducation nationale. La police ? Tu peux être plus ou moins offensif, mais tu restes très dépendant de la complémentarité avec la police nationale. L’action sociale ? Tu peux là donner ta mesure, en agissant plus ou moins en faveurs des enfants, des seniors, des pauvres. La culture ? Cette compétence facultative est de devenue obligatoire pour des raisons d’affichage. Là aussi, tu peux faire, choyer l’un ou l’autre public, ou bien tous à la fois. Le président Hollande s’est empressé de te rendre, à toi et à tes collègues maires, cette clause de compétence générale [1] qui te permet d’agir dans tous les domaines qui te semblent bon, il serait dommage de ne s’en point servir.

ROI NU. Tout cela est quelque chose, je l’admets. Mais cela n’est pas tout. Où sont tes prérogatives sur les grands projets d’infrastructure, les transports, le logement, l’économie ? Ailleurs. Dans une intercommunalité aujourd’hui, demain dans une métropole plus large encore en compétences et en nombre d’habitants. Maire, tu es et seras un roi nu, mais tu restes un roi. Tu dis, comme tous les autres candidats, qu’entre le siège de maire et celui de président de la métropole, tu choisis le maire. Pourquoi ? Est-ce parce que, comme l’a rappelé Patrick Mennucci [2] « les Marseillais ne seront pas majoritaires au sein de la métropole, et le président ne sera très probablement pas un Marseillais » ? Est-ce parce que quand il s’agit de représenter une ville, dans les médias ou dans les réceptions, on appelle le maire et pas le président de l’agglomération ? Ou est-ce à cause du pouvoir de nuisance absolu du maire, sa mainmise sur les permis de construire ? Eugène Caselli [3] l’avait dit au lancement de sa campagne : « Le maire a le pouvoir d’influence, même si les compétences sont ailleurs » [4]. De par les permis de construire, rien ne peut se faire sans les maires. Tu veux donc le pouvoir symbolique et la capacité de blocage. Tu ne veux pas impulser, mais négocier, louvoyer, « rester maître chez toi » comme l’ont fait inscrire les maires dans le compromis fondateur de la communauté urbaine de Marseille.

AVEC LES PIEDS. Ce faisant édile, je te le dis : tu fais une erreur. Le patronat te l’a répété : les citoyens ont déjà voté pour la métropole, avec leurs pieds, s’affranchissant des frontières administratives pour aller travailler, consommer, se divertir. En ne visant que ton petit siège de localier, tu ne montre pas la direction à tes électeurs, pas même tu ne les suis. Tu les freines.

Que risquerais-tu à postuler au siège de président de la métropole ? Le suffrage universel reste communal. Élu à la mairie puis battu à la métropole, tu n’en serais pas moins maire, avec ton pouvoir symbolique et ton pouvoir de nuisance. Élu à la tête de la métropole en revanche, te reviendrait le chantier historique dont ta ville a besoin : incarner une agglomération au destin européen et méditerranéen. Et te battre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ta métropole, pour qu’elle ait les moyens de ses ambitions.

Notes

[1] Clause qui devait être supprimée après le vote en 2010 de la loi créant le conseiller territorial.

[2] Député-maire (PS) des 1er et 7e arrondissements de Marseille, candidat à la primaire socialiste.

[3] Président (PS) de la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole, qui regroupe 18 communes. Lui aussi candidat à la primaire socialiste.

[4] Cette stratégie n’est pas propre à la gauche. Après un premier mandat à la tête de la communauté urbaine, dans la foulée de sa création, le maire UMP de Marseille Jean-Claude Gaudin souhaitait laisser en 2008 la présidence de l’intercommunalité à son bras droit Renaud Muselier, et garder la mairie.




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