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Albert Londres
OM-Troyes en direct du kiosque à sandwich
   Alberto Outard, aka Clément Barraud   le 10/06/2013
 
 

Au Vélodrome, le Petit Gourmet savoure les matches

Fixe ou mobile, cheap ou chère, délicieuse ou dégueu : enjeux de la « street-food » à Marseille et en Méditerranée.

 

« Aujourd’hui on est seulement trois serveurs dehors, alors que pour un match à 21 heures on est six. Ces rencontres à 17 heures tuent le commerce et l’ambiance ». Serveur au Petit Gourmet depuis onze ans, Malik n’est pas très optimiste à une heure du coup d’envoi. En ce dimanche 3 mars, si les abords du Stade Vélodrome se remplissent petit à petit, ce n’est pas la foule des grands soirs.

Le kiosque se trouve à quelques dizaines de mètres de la sortie du métro Rond-Point du Prado (côté Parc Chanot [1]), en direction de la place Castellane. Autrement dit, à l’opposé de l’ensemble des camions à pizzas et autres baraques à frites implantés les soirs de matches. Mais au Petit Gourmet, on n’y vient pas par hasard. Accoudés au comptoir installé pour l’occasion, Alain le patron du kiosque et ses amis plaisantent un verre à la main. Ils sont abonnés au stade depuis 1986. « Alain est là depuis quinze ans, on l’a vu arriver ! », se vantent-il. Ils viennent de Vitrolles, et sont là quatre heures avant le match…

CHAMBRER LES JOUEURS. Malgré cette ferveur apparente, la rencontre de ce soir n’est guère enthousiasmante : « Ce n’est pas un gros match, on joue le dernier du classement… », prévient Malik. OM/Troyes, ça ne déplace pas les foules. Surtout après deux défaites successives face à l’ennemi de toujours, le PSG. Il n’empêche, les fidèles sont bien là. Quentin, Fanny et Olivier viennent d’Avignon. Ces trois jeunes, entre 18 et 20 ans, ont l’habitude de venir une heure et demie avant le coup d’envoi, « histoire de profiter de l’ambiance et de se mettre dans le match ».

Pour ces inconditionnels du Virage Sud, le plus éloigné du snack, le Petit Gourmet est un passage obligé avant de rejoindre les travées du Vélodrome. « L’atmosphère est chaleureuse, sourit Olivier. Très souvent, les chants partent d’ici et les gens profitent du passage du bus adverse pour chambrer les joueurs ! ». Les cars accompagnant les visiteurs passent en effet juste devant la sandwicherie, avant de tourner à gauche après le rond-point du Prado pour rentrer dans le stade. Le Petit Gourmet est donc le point de ralliement des aficionados marseillais avant 90 minutes d’encouragement. En guise d’apéritif, Fanny et les deux garçons accompagnent leurs pastis d’une barquette de frites. Le combo gagnant du fan de l’OM. La carte du Petit Gourmet est des plus classiques pour une sandwicherie, on retrouve les traditionnels : américain, merguez, pan bagnat…

Si Malik a sorti comme à chaque match son mégaphone pour raconter des blagues, c’est loin d’être la folie au comptoir. Cet ami des gérants a l’habitude de donner un coup de main et accessoirement, de mettre l’ambiance. Alain règle la télévision avant d’enfiler sa parka et son écharpe aux couleurs du club. « Je vais au stade moi, on a quelques abonnements parmi l’équipe [du snack] donc j’en profite pour aller voir le match ». Pour les employés qui restent à la sandwicherie, les 90 minutes à venir seront l’occasion de décompresser un peu. « Pendant la rencontre, on range, on fait la vaisselle, généralement c’est calme », dit Malik.

« LES GENS DONNENT DES PLACES. » Quelques minutes avant le coup d’envoi, les retardataires terminent leur dernier verre. « On y va ou quoi ? Il y a un match là !! », lance Johnny à ses deux collègues. 16h59, le bar se vide tranquillement. Seul reste Jérôme, avec son pastis et ses cacahuètes. Même s’il a prévu d’aller au stade, cet habitué des lieux repousse sans cesse le moment du départ. Finalement, il ne quittera le kiosque qu’à la mi-temps… « J’aime bien prendre mon temps, et puis au stade il y a moins de ferveur depuis quelques temps. Ici c’est convivial, les gens donnent des places quand ils en ont trop ». Au Petit Gourmet, pas de billets hors de prix comme ceux vendus quelques mètres plus loin au marché noir. Quelques supporters proposent de m’inviter au stade, mais l’ambiance du comptoir vide m’intéresse davantage. Alors que la bière m’ouvre l’appétit, Jérôme me conseille le sandwich américain « sans frites, parce qu’ils en mettent trop ici ». Finalement, je ne prendrai que des frites. Grasses et bien salées.

De quoi faire passer le temps jusqu’à l’arrivée d’un étrange défilé en provenance du parc Chanot. C’est le dernier jour de la Japan Expo, et ça se voit. Des grappes de jeunes gens déguisés en personnages de bandes dessinées japonaises font largement réagir les supporters, dans la bonne humeur. Certains manga-fans s’arrêtent même pour la photo-souvenir, mais aucun ne prend de consommation. Ce sera le seul évènement notable de la première mi-temps : sur le terrain les Olympiens dominent mais ne concrétisent pas.

JAUNE COSTAUD. Malgré les deux télés installées au milieu du bar provisoire, le Petit Gourmet est désert. Je me retrouve bien seul avec ma barquette de frites et ma bière… Le score nul et vierge à la pause n’arrange pas les affaires des commerçants. « C’est vrai qu’on est clairement tributaire du score de l’OM, confirme Martine, une des serveuses. Si l’équipe fait un mauvais résultat, il n’y aura personne après le coup de sifflet final ! ». À la 70e minute, Troyes ouvre la marque. Ça grimace sévère parmi les employés et les quelques clients qui viennent d’arriver d’un peu partout. Mais dix minutes plus tard, l’égalisation marseillaise déboule sur les écrans du kiosque… alors que le stade jubile depuis quelques secondes déjà. Le comptoir se remplit peu à peu de curieux pour la fin de la rencontre. Martine retrouve le sourire et s’enflamme : « Encore un but !! ».

À peine une minute s’écoule et le stade vibre à nouveau. Au bar, on tape les verres sur le zinc et on applaudit bruyamment. Une bonne nouvelle pour l’équipe du Petit Gourmet, qui enchaîne les commandes de sandwiches (comptez entre 3 et 4 euros), de bières et de pastis. Surtout de bières et de pastis. Le petit jaune, servi pré-dosé, est plutôt costaud… Les supporters vont trembler jusqu’au coup de sifflet final, mais l’OM s’impose.

À la sortie du stade, Johnny et ses amis ne sont pas emballés par la prestation des Olympiens mais une victoire, ça se fête toujours. « On va oublier la qualité du match, le principal c’est d’avoir gagné pour espérer ». Espérer accrocher les places qualificatives pour la Ligue des Champions, l’année prochaine. En attendant les grandes soirées européennes, la place s’est repeuplée. Alain revient derrière le comptoir pour la troisième mi-temps. « Au Petit Gourmet, on est supporter avant d’être serveur ». Le succès de l’OM encourage la consommation. Les rares sandwiches commandés sont noyés dans le flot de bières et de pastis réclamés à l’extérieur. C’est l’effet victoire.

PROCHAIN ÉPISODE : Au kiosque de la Joliette, sandwiches, costumes et cravates

Notes

[1] Centre de congrès et de foires de Marseille.


 

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