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Albert Londres
Soir de victoire
   Clément Chassot, aka Albert XIII   le 11/06/2012
 
 

« S’il gagne, on lui coupe les cheveux ! »

Dans l’entre-deux tours, Albert s’intéresse aux candidats sûrs de l’emporter dans un fauteuil. Aujourd’hui : Henri Jibrayel (PS), vainqueur de la primaire à gauche dans la 7e circonscription.

 

Il se fait attendre depuis plus d’une heure. Il est 22h30 au QG de campagne d’Henri Jibrayel, dans le 15e arrondissement de Marseille. Les militants s’agglutinent autour de la télévision alors que les résultats régionaux sont peu à peu égrenés. Toujours pas d’informations sur cette 7ème circonscription, celle des quartiers Nord. Puis soudain, le héros fait son apparition : « on a gagné », hurle le très charismatique député, les deux bras en l’air. C’est la cohue, vas y qu’on se serre dans les bras par-ci, qu’on s’embrasse par-là... Il arrive enfin à son pupitre, dégoulinant de sueur, mais, comme à son habitude, les cheveux impeccablement gominés.

Zéribi sorti. « Merci à vous tous, à tous mes électeurs. J’ai le sentiment du travail bien accompli », lâche le socialiste en introduction à son discours. Il annonce ensuite les résultats : « UMP, 8,2%. Front de gauche, 14,8%. Front national, 25, 75%. Et le candidat d’Eva Joly (tout le monde se met à huer), avec qui il ne s’est pourtant jamais affiché, 23,58%. Nous allons donc nous battre contre le FN. Les citoyens sont à la recherche de dignité. Nous allons nous battre pour leur en apporter. » A le croire, il n’y aura donc pas de triangulaire avec le FN et le candidat d’Europe Ecologie – Les verts, Karim Zéribi, avec qui Henri Jibrayel est entré en guerre électorale. Un peu plus tard dans la nuit, les résultats définitifs seront annoncés. Le député s’est vu un peu trop grand, mais il est bel et bien en tête avec 27% des voix, suivi par Bernard Marandat (FN) (qu’on appelle ici plus volontiers « Mandanda ») qui réalise 24,22% et Karim Zéribi avec 21,23%. Un score important puisqu’il double celui de 2007 mais qui ne lui permet pas de se qualifier pour le second tour étant donné la très faible participation : seulement 48% des votants se sont déplacés.

Campagne « la plus pourrie ». Si l’effervescence et la joie sont aussi intenses dans cet aréopage très métissé, c’est que la campagne a été longue et très intense. Pour le fiston, Sébastien Jibrayel, « c’est la campagne la plus pourrie à laquelle on a eu à faire », référence aux accrochages entre les colleurs d’affiches, les tracts agressifs, les invectives par voie de presse interposée... Si l’objectif est bien sûr de gagner, on sent chez les militants que si Karim Zéribi pouvait se prendre une gamelle, ce ne serait pas du luxe. « Je milite depuis un an pour Henri, je ne pensais pas que ça pouvait être aussi tendu, témoigne Nabil. Encore aujourd’hui, alors que j’étais assesseur dans un bureau de vote de Saint-Louis, on a vu arriver les gros bras de Zéribi. Ils demandaient à tout le monde pour qui ils allaient voter, c’était de l’intimidation. Heureusement qu’on se connaît un peu entre militants, on a grandi dans les mêmes quartiers, mais sinon ça aurait pu vraiment dégénérer. »

Blonde, la peau très bronzée et des yeux bleus perçants, Patricia Jibrayel, l’épouse du candidat, confirme l’âpreté de la campagne : « Beaucoup beaucoup de pression, de violences... » Et sinon, l’ouverture d’une enquête préliminaire relative à des pratiques clientélistes du député, ça ne fait pas mauvais genre à quatre jours du premier tour ? « Encore un coup bas de Zéribi, répond-elle placidement. D’ailleurs la préfecture de police a démenti jusqu’à maintenant toute implication d’Henri... On courbe le dos, on attend que ça passe. »

Les pratiques du député restent une question délicate. Lui-même ne nie pas pratiquer un certain clientélisme, même s’il n’utilise pas le terme. Jeudi, il déclarait « redistribuer l’argent public ». Toujours est-il que sur la question, chaque militant vous répondra que « Jib » est un homme de terrain, très populaire et qui tient toujours (trop ?) ses promesses. La preuve selon Yacine « c’est que même les plus anciens, qui s’investissent depuis 1998, sont toujours-là ».

Interview ou bisous. Retour aux youyous et aux danses victorieuses. Jibrayel n’a pas fini de faire à l’accolade à tout le monde et Albert est en train de réaliser son interview la plus morcelée de sa carrière, interrompue par des militants qui veulent leur bisou. « On va à la bataille et cela dès demain, on ira dans chaque quartier, dans chaque rue, dans chaque immeuble pour aller parler aux citoyens. Nous ne sommes pas face à des républicains, on va donc mener une campagne sur les valeurs de la République, sur le vivre-ensemble », hurle le candidat entre deux essuyages de front. La sono est lancée, hip-hop à fond, ça bouge dans tous les sens. Puis un militant prend le micro : « Si Henri gagne dimanche prochain, on lui coupe les cheveux ! » Y-a-t-il du suspense ?


 

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