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   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 13/05/2012
 
 

Porte du Sud vs Porte des Amériques : Marseille, vice-Miami

 

Avis aux Niçois et aux Hambourgeois : ça vous prendra peut-être par surprise, mais un jour Miami et Marseille vous quitteront pour se jumeler l’une avec l’autre. Alors oui bien sûr comme souvent dans un mariage, un des deux époux dominera l’autre. Mais Marseille peut combler son handicap. Feuille de match :

ÉGALITÉ

- Les deux cités ont en commun d’avoir été fondées par une femme (la princesse ligure Gyptis et la cultivatrice de citrons Julia Tuttle), d’avoir les pieds dans l’eau et une relation complexe d’attirance/répulsion avec leurs voisins immédiats (l’Algérie et plus globalement le Maghreb, Cuba et plus globalement l’Amérique latine).

- Toutes deux ont été des plaques tournantes de la drogue, l’une dans les années 1950-1960-1970 pour l’héroïne à destination des États-Unis, l’autre à partir des années 1980 pour les grandes heures de la cocaïne US .

SOUMIS À DÉCISION DE L’ARBITRE

- Au tableau d’honneur du sport, l’OM fait mieux à lui seul que les Dolphins et les Heats réunis : une fois champion d’Europe et neuf fois champion de France, contre deux Superbowls et une victoire en NBA. Mais vu que le championnat américain couvre un continent entier, la victoire en Ligue 1 est-elle un bon critère ?

AVANTAGE MARSEILLE

- Dans l’entre-deux guerres, Marseille et Maïami se tirent la bourre au classement des villes corrompues. La capitale de la Floride n’applique pas la prohibition et tolère les jeux d’argent. De l’autre côté de l’Atlantique, Marseille se déchire entre clans de la pègre soutenant chacun leur poulain pour la mairie. Un adjoint au maire va jusqu’à imprimer des affiches revendiquant son amitié pour un des parrains. Officiellement, la palme de la ville la plus corrompue est remportée au finish par Miami : en 1996-1997, l’opération Green Palm menée par le FBI met sur la place publique des enregistrements d’élus en train de négocier des pots de vin, entraînant une vaste opération mains propres. En 2011, Forbes a classé Miami deuxième ville la plus misérable des États-Unis, notamment pour ses 400 élus et fonctionnaires condamnés pour corruption durant les dix dernières années. Malgré de forts soupçons de proximité entre Defferre et les frères Guérini, la municipalité de Marseille n’a elle jamais été directement inquiétée.

AVANTAGE MIAMI

- Côté population, Marseille affiche un centre-ville plus grand (800 000 habitants contre seulement 433 000 pour Miami), mais une agglomération ridiculeusement plus petite (1,4 million d’habitants contre 5,5 millions).

- Pourtant plus jeune (moins de 200 ans contre 2 600 pour Marseille), Miami affiche davantage son multiculturalisme : la ville a élu en 2009 au poste de maire Tomas Regalado, journaliste né à Cuba. Marseille a bien eu un maire d’origine italienne (Henri Tasso, 1935-1939), mais elle attend encore son maire d’origine maghrebine.

- Côté tourisme, Massilia a également encore du chemin à faire : Miami attire chaque année plus de 3 millions de croisiéristes, contre moins d’un million pour le moment à Marseille. Mais Phocée entre dans la cour des grands : après Miami, le prochain salon international de la croisière aura lieu en 2012 à Marseille.

- Tourisme oblige, Miami se fait un devoir d’avoir des rues impeccables, au point d’avoir été élue en 2008 « ville la plus propre d’Amérique » par Forbes. Avec ses grèves de poubelles à répétition et son incivisme notoire, Marseille serait très probablement à l’autre extrémité du classement.

- Sur le grand écran, Marseille avait certes Borsalino, French Connection 2 et autres Cercle Rouge. Mais dans les années 1980, Miami passe devant d’un coup avec Scarface de Brian de Palma. S’ensuivront Donnie Brasco et Miami Vice. En face, Marseille n’aligne plus que la série des Taxis, les Transporteur ou L’Immortel.

- Sur le petit écran, la Floride gagne également aux points : on attend toujours l’équivalent marseillais de Miami Vice. La série n’a cependant pas connu la même longévité que Plus belle la vie (quatre saisons contre sept pour PBLV). La faute peut-être au pitch de départ : voir des flics municipaux jouer les infiltrés dans des fringues de luxe et des voitures de sport avant de revenir pointer au commissariat, c’est un peu tiré par la mulette.
Partie sur une base plus réaliste et sociale, PBLV s’est depuis bien rattrapée dans le bon gros délire, avec l’intervention de Satan himself au cœur du Mistral ou encore du LSD fourgué en douce dans la sangria de la fête du quartier. La fiction française n’arrivera toutefois jamais à l’orteil des deux monuments de série télé que sont Nip/Tuck et surtout Dexter. Pour le moment, en face, on a que Van Loc ou Alain Delon en Fabio Montale.

- Dans le média d’avenir qu’est le jeu vidéo, Marseille est aussi totalement ratatinée : sur les consoles de salons la Cité phocéenne n’apparaît qu’au travers de l’OM et donc des franchises foot Fifa et autre Pro Evolution Soccer. Miami, en plus de briller grâce à ses Dolphins (football américain) et Heats (basket), se paie le luxe de servir de modèle pour Vice City, ville imaginaire du blockbuster mafieux GTA (Grand theft auto).
Mais là aussi, Massilia peut se refaire. Encore une fois, elle tire son épingle du jeu grâce aux produits dérivés Plus belle la vie (sur Nintendo DS) mais surtout grâce à la French connection : un mythe inépuisable qui a même fait annoncer le cinquième opus GTA à Marseille. Beaucoup de fans y ont cru mais pas de pot : c’était un poisson d’avril de la presse spécialisée. Que fait un Marseillais après s’être cru à Miami ? Il éteint la Playstation.


 



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