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Albert Londres
Politiclash
   Clément Chassot, aka Albert XIII   le 5/06/2012
 
 

Mon dissident à moi

 

Pour pimenter un scrutin qui ne passionne pas les foules, les politiques usent parfois d’une pratique qui fait couler beaucoup d’encre : la dissidence. Marseille et les Bouches-du-Rhône en donnent de croustillants exemples, trop nombreux pour les approfondir tous ici. Albert a choisi de s’attarder sur trois cas de candidature dissidente, une à droite, une à gauche et la dernière, très particulière, celle de Sylvie Andrieux qui se présente malgré le retrait de son investiture prononcée par le Parti socialiste.

Assante VS Boyer

Le boss du onze et douzième arrondissement – qui composent presque toute la totalité de la 3ème circonscription des Bouches-du-Rhône - c’est Robert Assante, maire du 6ème secteur depuis 2008. Mais voilà, celui qui fut l’adjoint de Jean-Claude Gaudin pendant 13 ans à la mairie n’est plus dans les petits papiers de l’UMP local depuis qu’il a investi l’année dernière deux dissidents de droite Nouveau centre aux élections cantonales. Pour prendre la relève du député sortant Roland Blum, la droite a choisi une autre sortante, Valérie Boyer, députée de l’ancienne 8ème circonscription (totalement redécoupée depuis la réforme territoriale de 2010) et récemment ultra-médiatisée pour sa proposition de loi sur la reconnaissance du génocide arménien.

Pour faire oublier son statut de dissident, rien de mieux que le nier : « Je suis soutenu par les radicaux au niveau local, par le Trèfle [« Les nouveaux écologistes », centre droit] et par l’Alliance centriste, annonce Robert Assante. Je suis un candidat parmi les quatorze autres. » Et c’est bien le seul point sur lequel les deux belligérants s’accordent : « Après avoir été dans nos rangs puis au Nouveau centre dont il a été exclu, le voilà maintenant sans étiquette. C’est donc une candidature comme les autres », commente Valérie Boyer. Avant de le décrédibiliser, même si elle s’en défend, lorsqu’on évoque son implantation dans le territoire : « Il n’a pas été élu sur son nom en 2008, il n’était qu’en 3ème position sur la liste de Roland Blum. Et puis un député sans étiquette, ça ne sert à rien. Ses combats, il faut savoir les mener à l’intérieur de sa famille politique. » Enfin, les petits coups bas de campagne sont légion et chacun se renvoie la responsabilité, par exemple sur le collage d’affiches. Chacun accuse l’autre de le recouvrir lui et uniquement lui. Mais aucun des deux, bien sûr, ne s’adonne à ce type de pratiques. Si Robert Assante se voit bien faire un score de premier tour entre 10 et 20% pour aller ferrailler au second, Valérie Boyer est déjà passée à autre chose : « c’est son objectif mais il ne me fera pas perdre, je pense que le second tour se jouera dans un duel PS-UMP. »

Charroux VS Lombard

C’est un rare et drôle de combat auquel s’adonnent les communistes dans la 13ème circonscription (Martigues). Très à gauche, elle était représentée jusqu’aujourd’hui et depuis 1997 par Michel Vaxès. Il a cette année choisi de passer la main à son suppléant Gaby Charroux, également maire de Martigues depuis 2009 à la faveur du désistement de la grande figure politique locale, Paul Lombard, maire pendant 40 ans et député de 1988 à 1993. Aujourd’hui « maire honoraire » âgé de 84 ans, Lombard combat celui à qui il a tout légué et ne digère pas sa destitution à la vice-présidence de la communauté d’agglomération en 2010. Mais face à la dissidence, la stratégie du clan Charroux est visiblement de jouer profil bas : « Le maire ne parle jamais de la candidature Lombard, les vrais problèmes sont ailleurs. L’important ce n’est pas de répondre aux attaques mais de proposer », précise Gérard Frau. Et puis on ne peut pas taper sur une personnalité aussi charismatique : « Personne n’enlèvera jamais à monsieur Lombard tout ce qu’il a fait pour Martigues, même pas lui. Maintenant, quand on est sur le terrain, les électeurs s’interrogent, ils voient bien que la vraie candidature Front de gauche, c’est celle de Gaby Charroux », continue le directeur de campagne. Ce qui n’empêche pas le maire honoraire de déplorer menaces et insultes sur son blog – qu’il modère : « Il en faut plus pour m’impressionner, mes convictions datent de la Résistance. » Et en bon résistant qu’il est, il promet à Albert qu’il se présentera aux municipales de 2014.

Andrieux VS Parti socialiste

Seule contre tous dans la 3ème circonscription, Sylvie Andrieux ? « Venez sur le terrain, vous verrez la réaction des électeurs, des militants socialistes. Ils ne sont pas dupes d’une décision de justice prise à dix jours du scrutin », s’emporte-t-elle. Mise en examen et soupçonnée de détournement de fonds dans l’affaire des subventions du Conseil régional, le juge en charge de l’affaire annonçait le 31 mai son renvoi devant le tribunal correctionnel. Dans la foulée, le PS lui retirait son investiture et donc son soutien. Décision assez étonnante, prise au nom de l’ « exigence d’exemplarité », puisque jusque-là, l’état-major du parti soutenait la candidate au nom de la présomption d’innocence. Et cette annonce de renvoi ne la condamne pas. Sa première réaction est de nier son statut de dissidente : « Est-ce que quelqu’un du PS se présente contre moi ? Non. Je suis et je resterai socialiste, je suis une candidate libre, confie la députée sortante encore favorite pour l’emporter cette année. Je ne me sens pas abandonnée, la preuve, je peux encore utiliser le logo du PS sur mes affiches ». Vérification faite auprès du PS à Paris, Sylvie Andrieux peut en effet se prévaloir de la marque socialiste mais seulement au premier tour : « Toutes les affiches ont été imprimées, les dépenses engagées. Mais pour le second tour, elle ne pourra pas le faire », précise-t-on à Solférino. La candidate va donc devoir user du Tippex. Et si elle venait à être élue, Sylvie Andrieux siègera-t-elle dans le groupe PS ou en tant qu’indépendante ? Aucune décision n’a encore été prise, indique le Parti socialiste, qui attend les résultats définitifs avant de se prononcer. Façon de ne pas insulter l’avenir : un dissident élu n’en est plus vraiment un.

DEMAIN : Violences en campagne


 



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