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Albert Londres
 
 

Les clubs français dégraissent le mammouth

 

Les soldes d’hiver en joueur de foot se sont terminées hier. A l’instar de l’OM, qui a réussi in extremis à se débarasser de Lucho, beaucoup de clubs ont saisi l’occasion pour alléger leur masse salariale. Décryptage des nouvelles tendance du foot, en infographie et en interview.

MODE D’EMPLOI : Pour chaque club, le ballon rouge représente le nombre de départs, et le ballon vert le nombre d’arrivées dans l’équipe. Cliquez sur le logo du club pour avoir le détail de son mercato.

Pierre Dantin

Directeur du laboratoire « sport, management et gouvernance » à l’université de la Méditerranée, directeur de la chaire « société, sport et management » à Science-Po Aix

Lors du mercato d’hiver, la plupart des clubs de Ligue 1 semble avoir cherché une baisse de leur masse salariale : est-ce une tendance lourde dans le football ?

Le football vit une crise de ses ressources : en période de crise, le premier budget que coupent les entreprises est celui du sponsoring, une des principales recettes des clubs. Dans le même temps, presque aucun club français n’est propriétaire de son stade, qui appartient le plus souvent à une collectivité locale. Le seul actif circulant dont disposent les clubs est donc ses joueurs.

Le phénomène est-il européen ou propre à la France ?

Dans le championnat européen, seuls deux à trois clubs comme Manchester United sont réellement rentables. Le Real ou Chelsea, eux, pourraient être attaqués pour dumping ! Le football arrive actuellement à la fin d’une période d’immaturité économique et sociale.

Les mesures prônées par l’UEFA, notamment le fair-play financier [1], vont-elles accélérer la tendance ?

Cela se verra avec le temps. Si je devais mettre une pierre à l’édifice, je préconiserai un plafond des salaires pour les joueurs [2] et l’ouverture d’une réflexion globale sur le financement du football. Mais quelle que soient les règles mises en place, elles devront l’être au niveau européen.

Les clubs bénéficiant de mécènes, comme des milliardaires russes ou des fonds d’investissement qataris, peuvent dépenser sans compter pour leurs joueurs. Va-t-on vers un championnat à deux vitesses ?

Aux États-Unis, les transferts sont beaucoup plus encadrés : le dernier du championnat n’est pas rétrogradé et il embauche le meilleur « rookie » sorti des universités. Le système se ressource de lui-même, sans risque de dégradation sportive et donc de grosse perte financière. En Europe, et particulièrement en France, on veut tout à la fois : du risque sportif, de beaux stades, des joueurs stars et une économie solide. Il est impossible d’avoir tout cela en même temps. Le modèle lyonnais [3] n’a pas fonctionné.

À Marseille, l’OM est-il lui aussi entré en période de budget serré avec l’arrivée du nouveau président Vincent Labrune, qui veut « stopper l’hémorragie financière » en particulier dans la gestion des transferts ?

Cette recherche entre équilibre économique et résultats sportifs avait commencé dès la présidence de Pape Diouf. Aujourd’hui, Labrune obtient des résultats très corrects avec une logique de gestion saine. La part de rêve qui entoure les grands clubs comme l’OM est en train de changer : il y a une forme de résignation, on comprend qu’un club ne peut pas continuellement payer des fortunes pour ses joueurs alors que n’importe quelle entreprise a du mal à se financer auprès des banques.

Voir aussi : Le mercato de la saison 2010-2011

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Photo Y.Caradec (détail), licence Creative commons

Notes

[1] Obligation pour les clubs de présenter des comptes à l’équilibre dès 2012

[2] « Salary cap », mis en place notamment dans le championnat de rugby.

[3] Formation de joueurs revendus à l’étranger, construction d’un stade ultra-moderne, cotation en bourse.


 



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