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Albert Londres

Marseille 2012, capitale de l’inculture

 

Culturellement parlant sur Marseille, l’année 2012 est transparente. Au travers, on y observe « 2013 » et sa capitale de la culture, comme on scrute discrètement de derrière une fenêtre le comportement d’un voisin mystérieux. Entre fascination et inquiétude. La vitre, elle, on n’y prête guère attention. C’est que cette année 2012 est particulièrement cristalline. Pas une aspérité, pas une poussière, rien, le vide capital ; Marseille-Provence 2012, capitale de l’inculture.

Candeloro. Pas surprenant donc que Nicolas Sarkozy, notoire émissaire de l’inculture, ait choisit Marseille pour venir adresser ses vœux 2012 aux cultureux. Oui, Sarko a bien fait de choisir Marseille pour adresser ses vœux à la culture. Car en 2012, c’est relâche. On aura bien « Le tour du monde en 80 jours » au Dôme, le 11 mai prochain avec les pirouettes acrobatiques et syntaxiques de Philippe Candeloro. Mais sinon, rien. Les spectacles habituels, ces bons vieux chœurs de l’armé rouge un dimanche après-midi ou un Boléro de Ravel remixé en bande FM. Les musées eux sont en travaux. Un an de travaux pour les trois petits étages du musée Cantini. Au moins ils ne se feront pas piquer de toile et personne n’y fera d’escroquerie à la double billetterie.

L’urbanisme culturel n’est pas plus à la fête. Sur le cours d’Estienne d’Orves, la mauvaise copie d’une statue de Puget (Croton se faisant bouffer le cul par un lion) continue à se faire mouiller par une stupide fontaine placée dans le Mistral. Alors que dans les caves de la mairie, tout au fond, dans des cartons poussiéreux dorment plus 40 œuvres de César, le sculpteur barbu, pas le joueur de carte tricheur.

« Machin qui ? » Et quand Macha Makeïeff présente ses envies pour le théâtre en 2013 lors d’une conférence populaire, une mémé grimace d’abord « Machin qui ? » puis enchaîne par une question d’utilité publique : « Est-ce qu’il y aura des pièces traditionnelles ? ». Silence, soupir. « Vous pensez à quoi ? » demande Machin, les yeux se fermant doucement du désespoir de connaître la réponse. « Bêêêhh à la Pastorale ». En tournée dans toute la France dès 2012 !

Une vitre propre. 2012 est donc une vitre bien propre. A moins que ce ne soit un concept, une inspiration profonde d’artistes électoraux, la mise en profondeur, par le vide de 2012, du foisonnement de 2013. Ou alors n’est-ce qu’un moyen d’investir les subventions destinées à la culture dans les travaux préparatoires de l’année prochaine ?
Attention la vitre !!!! Il ne faudrait pas s’y heurter. Espérons qu’une artiste désintéressée viendra y déposer un langoureux baisé rouge carmin.

Photo Nouhailler, licence Creative commons.



Félix F.
le 22/01/2012


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