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Albert Londres
Football
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 2/11/2011
 
 

L’UNFP, cinquante ans de syndicalisme en crampons

 

Plus forts que la CGT : avec 93% de syndiqués, l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) est le premier syndicat de joueurs en Ligue 1, Ligue 2 et Nationale pro. Créée par le mythique buteur Just Fontaine et le Stéphanois Eugène N’Jo-Lea, l’UNFP fête ce mois-ci ses cinquante ans.

Mais au jour le jour, c’est quoi être un syndicaliste dans le foot ? Depuis une dizaine d’années, le syndicat dispose dans chaque région d’un délégué chargé de suivre au plus près les joueurs. Un boulot de longue haleine, à une époque où Ligue 1 et Ligue 2 sont frappées par la crise financière. Rencontre avec Philippe Flucklinger, ancien gardien à Strasbourg, Montpellier et Metz, et délégué régional UNFP pour le Sud-Est et la Corse.

Rencontrer les joueurs. « J’essaie de voir chaque équipe toutes les cinq ou six semaines. En Ligue 2 ou en Nationale, c’est très facile. On évite simplement les veilles de match ou les lendemains de raclée. On prévient les joueurs qui nous servent de relais dans les équipes, ils préviennent le club et on organise une réunion au centre d’entraînement, souvent dans les vestiaires. En Ligue 1, ça dépend beaucoup du club et de l’entraîneur. A Saint-Etienne pendant les deux ans de Laurent Roussey, ça été plus dur, comme à Lyon avec Puel. Marseille, ça a toujours été compliqué, ça le reste depuis des lustres, il y a un peu de protectionnisme. Même si quelques entraîneurs comme Perrin nous ont fait participer à des réunions avec les joueurs. Actuellement on est cantonnés dans une salle à la Commanderie, comme les journalistes. Il faut guetter les joueurs qui passent. Deschamps était plus accessible à Monaco. A l’époque, quand il avait décidé de mettre certains joueurs à l’écart, il m’avait dit « Je comprends que tu les défendes, c’est ton job, tu peux aller jusqu’au tribunal, moi mon rôle c’est de composer la meilleure équipe. » »

Développer des relais dans les clubs. « Dans chaque équipe, un ou deux joueurs adhérents nous servent de relais pour nous tenir au courant de ce qui se passe. A Lille, par exemple, heureusement qu’on a Landreau. A l’OM, on a Stéphane M’Bia et Alou Diarra. Au moment du mercato, on se prévient entre délégués de l’UNFP sur les joueurs-relais qui changent d’équipe. Souvent, les nouveaux arrivés demandent un peu de temps pour se mettre dans le bain de leur club. On commence à avoir de bons relais via les entraîneurs, dont de plus en plus passent leur diplôme avec l’aide de l’UNFP [1]. Et on travaille aussi sur les plus jeunes dans les centres de formation. Quand ils deviennent professionnels, généralement ils nous ont déjà rencontré quatre ou cinq fois. »

Sensibiliser aux risques du métier de footballeur. « Aujourd’hui, pour un footballeur, tout peut aller bien. Mais demain, il peut se retrouver mis à l’écart de façon injustifiée, privé de primes Qui représentent en moyenne 14% du salaire d’un joueur, blessé ou au chômage. Et là il aura besoin d’aide. Les Espagnols champion du monde se sont retrouvés en grève faute de salaire. En France, grâce au contrôle financier de la DNCG [2], on ne risque pas d’avoir un problème comme ça. Mais on a déjà vu des clubs déposer le bilan, comme ça été le cas à Geugnon ou Grenoble. Et il y a les problèmes de mises à l’écart comme on en voit en ce moment au PSG. En tant que syndicat, on ne se mêle pas des choix sportifs, on veut juste que le contrat du joueur soit respecté : entraînement avec le groupe pro, même conditions de travail que les autres, paiement du salaire. »

Conseiller sur la gestion financière. « On fait du conseil sur les assurances, sachant qu’en cas de blessure les indemnités journalières ne sont payées par les clubs que durant trois mois. On peut aiguiller les joueurs vers des conseillers financiers pour des études de patrimoines, ou vers notre service juridique pour la gestion des relations avec les agents [3]. On propose aussi des formations pour après : création d’entreprise, gestion sportive, diplôme d’entraîneur... »

Notes

[1] Sur 42 entraîneurs pros, 70% auraient passé leur diplôme avec l’UNFP, selon le syndicat.

[2] Direction nationale du contrôle de gestion.

[3] L’UNFP a aussi la possibilité d’être directement agent de joueurs.


 

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