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Albert Londres
Musique
   Alberte III   le 14/06/2011
 
 

Faire péter les watts
ET l’écologie

 

Dans un monde proche de la perfection, les festivaliers de l’été se déplaceraient tous à vélo, en tram ou feraient du co-voiturage. Ils boiraient leur bière bio dans un gobelet en plastique consigné, entasseraient leurs mégots dans un cendrier de poche et écouteraient attentivement les conseils des bénévoles en matière de tri sélectif. Tout en étant bien sûr mélomanes et curieux de tout. Un Nirvana encore un peu lointain mais dont on s’approche peu à peu : depuis deux ans, les festivals de la région s’activent pour afficher une attitude éco-responsable.

  •  La scène principale des Voix du Gaou DR

Le festival les Voix du Gaou, organisé depuis 2009 par Sud Concerts, se tient sur une presqu’île isolée, située sur la commune de Six-Fours. « Pendant le festival, il y a un flux de population énorme (38 000 personnes en 15 jours). C’était normal pour nous d’agir pour protéger ce site magnifique, classé Natura 2000 » rappelle Camille Soler, chargée de mission pour l’éco-festival du Gaou.

PLUS FACILE EN VILLE

En 2010, le cabinet de conseil Eo développement réalise le bilan carbone de l’événement. « C’est un bon moyen de mettre le pied à l’étrier pour entamer une démarche de développement durable » explique Olivier Giovannangeli, ingénieur-projet de la société. Le résultat est sans appel : 87% des émissions de CO2 sont liées aux transports. « Le premier conseil que nous leur avons donné était de changer de lieu, ce qui était impossible », précise Olivier Giovannangeli. « On essaie d’inciter au maximum les gens à prendre les navettes gratuites, leur vélo ou de co-voiturer mais c’est encore loin d’être évident. Côté tri des déchets par contre, on a vu que l’on était très performants », ajoute Camille Soler. En 2010, ont ainsi été récupérées 1,2 tonne de déchets recyclables, 1,3 tonne de verre et 120kg de cannettes aluminium. Paradoxalement, il serait donc plus facile d’être écolo en ville... « C’est certain que la question se pose différemment sur un site urbain et sur un site naturel qui accueille 8000 personnes tous les soirs, affirme Philippe Murcia, directeur adjoint du festival de Marseille. Cette année, le festival aura lieu à la salle Vallier, facilement accessible en transports en commun. On va mettre en place une interface sur notre site pour gérer le co-voiturage. On travaille également avec l’association Vélos en ville et l’Asgum pour le roller. Si chacun participe à son niveau, à travers des petites actions très concrètes, la chaîne fonctionnera ». Comme d’autres, le festival de Marseille s’inscrit dans la démarche d’Action Globale Innovante pour la Région (AGIR) menée en partenariat avec le Conseil Régional pour devenir un éco-festival durable et solidaire.

« En 2004, on marchait sur les détritus dans les festivals, se souvient Arnould Perrier, responsable de l’association Aremacs, de plus en plus sollicitée pour gèrer les déchets sur plusieurs festivals de la région. Dans un avenir proche, les événements qui ne seront pas éco-responsables seront montrés du doigt. Bientôt, l’obtention des subventions sera conditionnée à ces bonnes pratiques ».

MARIER ART ET SCIENCE

Et si être éco-responsable, c’était aller encore plus loin ? « On avance marche par marche, précise Régis Guerbois, président de l’association du festival de jazz des cinq continents, qui prend ses quartiers en juillet au sein du parc Longchamp à Marseille. De là à n’inviter que des artistes locaux pour diminuer l’impact environnemntal du festival, c’est compliqué ! Même si l’éco-citoyenneté nous interpelle vraiment, la musique reste notre coeur de métier ».

En plus du tri des déchets, des économies d’énergie ou du covoiturage, le festival des Envies Rhônements qui se déroule sur six sites du delta du Rhône, s’interroge sur le rapport homme/nature jusqu’au coeur de sa programmation. « Le thème de cette année est l’incertitude, rappelle Tiphaine Thélot, coordinatrice du festival. A travers des cartes blanches données à des couples artiste/scientifique ou des espaces de discussion comme les »guinguettes de paroles« , on peut aborder par exemple la problématique de la montée des eaux en Camargue, des changements climatiques. C’est important pour nous qu’il y ait une cohérence globale, sensibiliser grâce à l’émotion artistique ». Reste à convaincre le public de jouer le jeu. « Nous savons très bien que les gens viennent d’abord pour des artistes et une programmation, observe Camille Soler. En nous voyant protéger le site magnifique du Gaou, cela les incitera peut-être à revenir ».


 



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