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Albert Londres
Forces en présence
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 19/02/2013
 
 

Où Albert enfreint toutes les règles journalistiques et dévoile le plan des travaux

Pour sa deuxième saison, Albert a suivi deux chantiers phares de 2013 : la réhabilitation de la prison des Baumettes et la construction du Mucem. Vision en parallèle et sous plusieurs points de vue de deux des plus emblématiques bâtiments de Marseille.

 

Vous pouvez prendre deux itinéraires. L’un enquille les travaux de piétonnisation du Vieux-Port, ceux du tramway, du tunnel Prado Sud, bientôt ceux du busway sur le Prado. Tout ce que Marseille compte comme gros chantiers, comme ça vous restez dans la thématique. L’autre vous fait longer les calanques et la mer, ce qui a fondé Marseille et qui continue de la mettre en valeur. Comptez 9,5 km en passant par le centre, 13 km par la corniche, 20 à 40 minutes en voiture, 40 minutes à 1h15 en transports en commun.
Passer du Mucem à la prison des Baumettes, c’est traverser Marseille du Nord au Sud, du chantier phare de la capitale européenne de la culture 2013 au chantier phare de la justice en Provence-Alpes Côte d’Azur.
Albert a décidé de suivre ces deux chantiers en parallèle, parce qu’ils racontent tous deux quelque chose sur la ville, l’Etat, la culture, l’environnement, et tout simplement sur les gens, dans leur rapport les uns aux autres.

Quand il donne des cours, Albert répète à longueur de temps qu’il ne faut pas dévoiler au lecteur le plan d’un article... Mais là, comme il s’agit d’une feuilleton en huit épisodes, Albert s’autorise une exception.

Tout le monde connaît les Baumettes. Tout le monde ne connaît pas encore le Mucem. De quoi parle-t-on ? Les Baumettes constituent le principal lieu de détention de Marseille. Les plus vieux bâtiments ont dépassé les 70 ans. L’Etat veut rénover les Baumettes depuis les années 1990. Après plusieurs projets avortés, une partie du chantier a commencé l’an dernier. L’ensemble de la rénovation devrait théoriquement finir en 2016.

Le Musée des Civilisations d’Europe et de la Méditerranée [1] est un projet de musée national, initié par l’Etat donc. Ses deux principaux sites d’expositions vont se poser au cœur de Marseille, sur la pointe Nord-Ouest du Vieux-Port : dans le fort Saint-Jean et en face, sur l’ancien môle J4 (Joliette 4) dans un bâtiment flambant neuf dessiné par l’architecte Rudi Ricciotti. Le chantier doit impérativement être bouclé pour l’ouverture de l’année capitale européenne de la culture, le 13 janvier prochain.

Pour bien s’y retrouver, le plus simple est de surfer sur Google Maps : Mucem et Baumettes y sont très précisément photographiés. Selon l’altitude à laquelle vous vous placez, vous voyez le chantier du Mucem à différentes étapes de son avancement. Les Baumettes elles, ont été photographiées avant le début des travaux « de porterie » réalisés en 2010. En zoomant un tout petit peu, on voit distinctement les détenus dans les zones de promenades.


Afficher Baumettes-Mucem : chantiers croisés sur une carte plus grande

Les Baumettes et le Mucem ont été liés. Le 3 septembre 2008, le jury européen chargé de choisir la ville capitale de la culture 2013 a commencé sa visite par un des ateliers culturels de détenus aux Baumettes. Ensuite, il est allé au Mucem auditionner les responsables politiques et culturels de la candidature marseillaise. A l’époque, entre journalistes, on avait trouvé ça osé (pour le dire poliment) de la part de Marseille 2013. Ils l’ont tenté, ça a marché. Les Baumettes n’ont évidemment pas emporté à elles seules la décision. Le projet du Mucem, avec son axe Europe-Méditerranée, a aussi été déterminant [2]. Mais les Baumettes ont donné une couleur à la candidature, un thème autour duquel elle se structure encore aujourd’hui : l’accès à la culture pour tous. Aux Baumettes, certains détenus participent à des ateliers de théâtre, de calligraphie, assistent à des concerts de musique classique... C’est un défi auquel est également confronté le Mucem, à une plus grande échelle : comment faire accéder le plus grand nombre à une culture de haut niveau ?

Les deux bâtiments partagent une destinée 2013. Mais pas que ça. Tout comme les Baumettes, le fort Saint-Jean a été une prison (au XVIIIe siècle sous la Révolution puis brièvement durant la Seconde Guerre mondiale, avant l’entrée des Allemands en zone libre). Depuis sa construction, il est surtout resté totalement fermé au public et le restera jusqu’à l’an prochain. Un musée, une prison, des usagers et des riverains : vivre dedans ou dehors, éloigné ou à proximité, y entrer et en sortir. Mucem et Baumettes partagent aussi cette problématique.

Les Baumettes, tout comme le fort Saint-Jean futur Mucem, sont des symboles de l’État. À Marseille. Dans une ville où l’on aime à dire que l’on n’aime pas l’État, que l’État ne nous aime pas non plus, et en même temps on lui demande son aide à l’État, parce que, seule, la ville ne s’en sort pas. Une relation d’amour-haine, d’envie et de mépris.

Le Mucem et les Baumettes, enfin, c’est une histoire de nature, d’environnement. Cela saute aux yeux pour les Baumettes (sur la Google Map toujours, ou plus simplement si vous êtes allé une fois dans votre vie à la calanque de Morgiou) : la prison est en pleine nature, et aujourd’hui à la frontière du futur parc national des calanques. Comment rénover, reconstruire sans dénaturer le paysage, comment gérer la proximité et la présence de la faune DANS et HORS de la prison ?
Pour le Mucem, l’enjeu est inverse : sur sa face Nord, la calanque originelle du Vieux-Port a largement été construite, « artificialisée » au point que le 2e arrondissement revendique la palme du quartier de Marseille comptant le moins d’espaces verts. Le Mucem doit inverser la tendance -en partie, et pas assez selon plusieurs riverains. Un grand jardin « des migrations » en accès libre, doit ouvrir l’an prochain dans l’enceinte du fort Saint-Jean.

La culture, l’État, l’environnement, le dedans-dehors : c’est de tout cela qu’Albert va vous parler dans ce feuilleton. Et d’une ou deux autres choses encore, selon que des demandes d’interview, des demandes de reportage, aboutissent ou pas. Car Albert a beau essayer de prendre les choses en amont, il est comme tous les journalistes, il attend jusqu’au dernier moment pour essayer d’avoir le maximum d’info.

Tout cela va débuter, tout cela va bouger. Et si nous commencions ?

PROCHAIN ÉPISODE : Au pied des murailles

Notes

[1] L’acronyme devrait être MCEM ou MuCem, mais on utilise le plus lisible Mucem.

[2] Parmi d’autres arguments comme l’effet accélérateur de développement attendu pour Marseille et l’étendue du territoire sur lequel se développait la candidature...


 

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